Fables d'Europe. Vol. 1. Traits d'union

«Le soir, sur la place centrale, il y avait un surprenant
spectacle. Sept joueurs de tambours en costume napoléonien
formaient un mobile humain se balançant au bout d'une grue,
pendant qu'une équilibriste les accompagnait avec son numéro
de trapèze. Grâce aux projecteurs, leurs ombres se profilaient sur
les palais de la place, montant jusqu'à ce que cette armée
étonnante s'envole au-dessus des toits, faisant même taire les
supporters de la finale de la Coupe du Monde de football,
retransmise dans tous les cafés. Car tandis que ceux-ci, accrochés
à leur grand écran, agitaient des drapeaux minuscules sans
comprendre ce qui se déroulait au-dessus d'eux, une bande de
saltimbanques maquillés se déplaçait dans l'air, relevant le défi
de changer la direction des regards. À en croire les
applaudissements et les dilemmes provoqués dans l'assistance,
ils avaient presque réussi.
Peu importait après tout. Tant qu'il y aurait des artistes, il y
aurait une humanité. Tant qu'il y aurait des âmes sensibles, les
troupeaux ne seraient pas totalement rassemblés. Il y aurait de
l'éclat, de la lumière, du mouvement. Des livres et des pinceaux
étalés dans des jardins luxuriants. Des larmes pour nous laver
de toute la saleté du monde. Des mots pour dire la vérité. Pour
nous libérer.»