Leur morale et la nôtre

Pour la première fois, sont réunis et présentés le
célèbre essai de Léon Trotski «Leur morale et la nôtre» et
la réponse, inédite en français, de John Dewey, philosophe
pragmatique américain. Ce dialogue entre philosophie marxiste
et philosophie pragmatique porte sur l'accusation qui leur est
faite de défendre une maxime honnie de la morale bienpensante
: «La fin justifie les moyens.» Si Trotski et Dewey
la défendent, ils en donnent une signification profondément
divergente qui fait écho à leurs engagements respectifs pour
changer le monde.
La fin justifie-t-elle les moyens ? À l'heure où se mobiliser
contre la menace nazie est la «fin primordiale», n'était-il pas
justifié d'éviter toute division entre les «forces de progrès» ?
Lorsque, depuis son exil au Mexique, Trotski appelle à la
création d'une commission d'enquête internationale pour
montrer le caractère mensonger des accusations portées contre
lui lors des procès de Moscou, de nombreux intellectuels de
gauche refusent de s'engager. Dewey, lui, accepte sans hésiter.
Leur dialogue constitue une sorte d'épilogue à la rencontre
entre deux résistants au consensus moral dans un moment
particulièrement tragique.
Alors que nous sommes confrontés à de nouvelles menaces et
à de nouvelles demandes de mobilisation, comment pouvons-nous
hériter de ce débat ?