Venise itinérance

Venise itinérance
Éditeur: Impr. nationale
2011ISBN 9782742796601
Langue : Français

«"C'est après la pluie qu'il faut voir Venise",

répétait Whistler : c'est après la vie que je reviens

m'y contempler. Venise jalonne mes jours comme les

espars à tête goudronnée balisent sa lagune ; ce n'est,

parmi d'autres, qu'un point de perspective», écrivait

Paul Morand dans Venises.

En écho à la figure de proue des gondoles - dont

six barres évoquent les six sestieri («quartiers») de la

ville, l'autre, en sens opposé, l'île de la Giudecca, et

dont la ligne sinueuse dessine la courbe du Grand

Canal -, les pages nous mènent en un lent cheminement

d'une rive à l'autre, de la pointe de la Dogana

jusqu'à l'église des Scalzi et à la gare ferroviaire, lieu

de tant d'ailleurs.

Venise à fleur d'eau, où l'eau semble, parfois,

sourdre doucement des pierres. Venise essentielle,

quasi dépeuplée, dont les courbes semblent le reflet

des ferronneries patriciennes, où les couleurs ont le

chatoiement élégant des tissus fortuniens. Proust appelait

Venise le «haut lieu de la religion de la Beauté» :

voici la beauté méconnue d'une ville aux ciels voilés

et opalescents de novembre, quand tout s'y tait, que

seuls les frémissements de l'air et de l'eau s'effacent

devant les calli , les campi , les palais et les églises, les

demeures plus modestes, le marché aux poissons de

Rialto, vide. Contrepoint des images et, avec elles, la

poésie toujours renouvelée d'une ville profonde et

intérieure, où l'hier et l'aujourd'hui se confrontent et

s'entremêlent tour à tour.

«Quand je cherche un synonyme pour musique ,

je ne trouve jamais que ce mot, Venise », avouait

Nietzsche. Et Venise est une musique mystérieuse où

il est vital de se perdre.

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