L'alchimie médiévale : L'obratge dels philosophes, La soma et les manuscrits d'oïl

L'alchimie est sans doute le seul domaine médiéval et postmédiéval à susciter tant de réactions contraires.
Or cette alchimie, aux frontières de la magie et de l'expérimentation, a contribué à la formation d'une conscience modeme de l'univers ; elle a aussi permis l'émergence de l'idée de progrès et a rejoint, par-delà les siècles, une évidence contemporaine, à savoir que l'imaginaire intuitif souvent précède le raisonnement mathématique comme l'a si justement écrit naguère Umberto Ecco dans L'Oeuvre ouverte.
Sans être dupes à notre tour, ne pouvons-nous enfin porter un regard dénué de préjugés sur cette science qui, à travers une forêt de symboles et d'images hermétiques, nous a légué la distillation, la connaissance de certains métaux, comme le carbone, le soufre et le mercure ?
Dès lors, et devant la présence de textes inédits d'oc et d'oïl, il nous a paru nécessaire de tenter de les exhumer. L'intérêt que leur langue pouvait avoir a représenté le principal attrait de cette périlleuse entreprise. Après tant d'études linguistiques fondées sur la seule poésie de cour, il semblait intéressant d'étudier enfin une prose qui devait logiquement se situer à mi-chemin de la langue savante et de la langue un peu fruste des vidas.
Nous espérons ainsi d'une part apporter aux spécialistes des sciences les matériaux qui leur font encore défaut, notamment en langue romane, et d'autre part contribuer un tant soit peu à une meilleure connaissance de l'histoire alchimique provençale et catalane par l'évocation des figures emblématiques d'Arnaut de Villeneuve et du pseudo-Lulle.