Les visages écrasés

«Fascinée, je contemple de nouveau le semi-automatique.
L'idée me traverse l'esprit de le
retourner contre moi mais, encore une fois, Vincent
n'est pas le problème. Il le sait, je le sais. Le problème,
ce sont ces fichues règles de travail qui changent
toutes les semaines. La tension permanente suscitée
par l'affichage des résultats de chaque salarié,
les coups d'oeil en biais, les suspicions, le doute
permanent. La valse silencieuse des responsables
d'équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles.
L'infantilisation, les sucettes comme récompense,
les avertissements comme punition, les objectifs
inatteignables. Les larmes qui coulent pendant des
heures, une fois seul, mêlées à une colère froide
qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions
paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance,
la double écoute, le flicage, la confiance
perdue. La peur et l'absence de mots pour la dire.
Le problème, c'est l'organisation du travail et ses
extensions. Personne ne le sait mieux que moi.
Vincent Fournier, 13 mars 2009, mort par balle après
injection de Sécobarbital, m'a tout raconté. C'est
mon métier, je suis médecin du travail. Écouter,
ausculter, vacciner, notifier, produire des statistiques.
Mais aussi : soulager, rassurer. Et soigner. Avec le
traitement adéquat.»
Un roman noir à offrir de toute urgence à votre
DRH.