Elle-Aime

Louis-Marie - tantôt Elle-Aime, tantôt L.-M. - s'écoute,
encore, parler de Paruline. Comme il est fou, d'elle. Cependant, il est
à l'extrémité de ne plus pouvoir, bientôt, parler. Il enlève, si l'on
veut, une à une, les quelques pierres qui forment la frêle margelle qui
retient la fin de la vie de leur vie.
Dans sa tête, surfaite ou défaite, il ne le sait plus très bien, des
animaux, en ce moment même, courent partout dans tous les sens,
comme des fous, car ils sentent, sans doute, la présence d'un prédateur
aux yeux gonflés de sang. Il a beau lancer ses chiens savants
pour apaiser la menace tapie dans les herbes hautes, rien n'y fait.
Même ses chiens ont peur.
Rien n'y fait. Il continue à ne parler que d'elle, à lui-même.
Comme s'il avait été inventé pour ne vivre que d'elle. Subitement,
tout à l'heure, il a littéralement craqué : il s'est mis, encore, à
s'écouter, lui parler, encore plus intensément. Puis, pour apaiser un
peu sa douleur, il a serré dans ses rêveries des apparitions d'elle,
partout dans toutes les pièces de la maison.
Enfin, pour se rassurer, il se dit que Paruline va bientôt rentrer
et qu'il pourra alors de nouveau lui parler, sans s'écouter, lui. Sans
avoir à fermer les yeux pour voir cet éclat de l'amour. Pour que cette
pureté vive, pour vrai, et conforte Louis-Marie dans l'interprétation
de ses rêves, pourtant si réels et si près.