Les gorges de l'enfer

Nous échangeâmes quelques paroles courtoises mais brèves ; sans
perdre de temps, il prit mes soeurs en confession. Quant à moi,
j'imaginais mille moyens pour me soustraire à cette épreuve que je
jugeais pénible d'ordinaire et qui cette fois me paraissait
inconvenante et grotesque. Pouvais-je confier mes tâtonnements,
mes écarts de pensée à cet homme qui s'adonnait à la débauche et
aux plaisirs vulgaires ? Je n'avais que vingt-sept ans ; je ne pesais
d'aucun poids face à lui. Quand vint mon tour, n'ayant trouvé
aucun prétexte qui pût me soustraire à cette parodie, je me plantai
devant lui, aussi droite que possible, et lui dis :
-
Mon père, je n'ai rien à confesser.
Il n'en fut pas ému. Il répondit d'un ton affable :
-
Ma fille, je prendrai cet aveu comme une confession. Vous êtes,
je le vois, de celles qui ont trop à dire pour oser commencer.
Intime parallèle à l'officielle biographie de Jeanne de Belcier
- connue sous le nom de Jeanne des Anges - Les Gorges de l'Enfer
n'est pas à proprement parler un roman historique ; plutôt l'histoire
plausible de la passion trouble que la prieure des Ursulines de
Loudun entretint à l'égard du prêtre libertin et séducteur Urbain
Grandier. De vérités, ici, il n'y en a point ; les hommes la
fabriquent, les diables font la loi, et Dieu, le grand absent, s'esquive
sur la pointe des pieds.