Le roi de La Havane

Chantre du «réalisme sale», l'auteur de Trilogie sale de La Havane et
d' Animal tropical élargit ici sa saga de la ville phare des Caraïbes. Il y évoque
le destin protéiforme de sa population la plus pauvre et marginale : mendiants,
prostituées, travestis, vendeurs ambulants, ivrognes, crève-la-faim... âmes
perdues à la lisière de la mort, faune terrible et apocalyptique.
Dans la vieille ville, toute de décrépitude et d'idéaux disparus, un adolescent
soupçonné de meurtre fait ses armes et apprend la vie. Plus rien ne
lui importe, sinon la survie et la liberté. Ainsi deviendra-t-il «le roi de La
Havane» tant son attirance, animale et fatale, pour la crasse, le sexe, est
forte. Plus forte que lui.
Une langue en feu d'artifice, un érotisme débarrassé de remords, un
regard à la fois tendre et terriblement cynique sur le Cuba du castrisme
crépusculaire : Pedro Juan Gutiérrez laisse parler «la voix des sans voix»
dans ce roman dérangeant, probablement l'une des grandes «expériences»
de la littérature latino-américaine contemporaine.