Milosz et la France

La France a joué un rôle décisif dans l'épanouissement intellectuel et artistique
de Czeslaw Milosz. Dans les années trente, Paris sera pour lui un lieu
d'initiation poétique et vingt ans plus tard, c'est à Paris également qu'il
annonce sa décision de rompre avec le régime communiste : il y restera
dix ans, jusqu'en 1961, et y vivra une profonde métamorphose idéologique
qui s'exprimera dans des oeuvres majeures : La Pensée captive, La Prise du
pouvoir, Une autre Europe . Or, en dépit de la durée et de l'intensité de sa
présence en France, en dépit de son imprégnation de culture française et de
sa participation à la vie intellectuelle française dans les années cinquante,
en dépit enfin du prix Nobel de littérature en 1980, venu couronner une
oeuvre à la fois ample et profonde, Czeslaw Milosz n'a touché qu'une partie
assez restreinte des lecteurs français.
Le présent ouvrage, consacré au rapport entre Milosz et la France, est le
premier qui cherche à faire découvrir un Milosz « français », à travers ses
premières rencontres poétiques, notamment avec Oscar V. de Lubicz Milosz,
à travers les amitiés qu'il a nouées avec des écrivains ou des philosophes
éminents comme Jacques Maritain, Albert Camus, Jeanne Hersch, Hanna
Arendt, sans parler de son admiration pour la pensée de Simone Weil.
Ce volume rappelle aussi les drames existentiels qu'il a vécus, ses choix
politiques, idéologiques ou spirituels inextricablement liés à la France,
patrie de choix, qu'il a aimée d'un amour souvent sans réciprocité, mais
sans jamais se départir d'un sentiment de profonde gratitude, comme il le
rappelle dans son Abécédaire (1997) :
« Éprouvant de la rancune pour avoir été éconduit, de la gratitude
pour ce que la culture française m'a apporté, de la gratitude
aussi envers quelques personnes et de l'attachement pour quelques
rues de Paris et certains paysages, j'ai des sentiments ambivalents
à l'égard de ce pays. »