L'Europe et la profondeur. Vol. 4. Le voyage des morts

Le Voyage des morts
Cet ouvrage se propose d'étudier certains aspects mortifères de notre monde moderne, et cela notamment à partir de l'examen du concept de « monde-tombe » de Ludwig Binswanger, notion utilisée ici, non pas en mode psychique, mais ontologique : appliquée non à un individu mais à une époque entière - la nôtre. Par cette analyse, Pierre Le Coz fait venir ce qui à ses yeux caractérise le monde contemporain : sa rédhibitoire clôture s'étendant à tous les domaines y compris ceux de la vie la plus quotidienne ; clôture associée à un cours lui-même très particulier du devenir, et qui se caractérise par un temps s'effondrant en direction d'un unique instant-évènement où est (sera) rassemblée la totalité de l'histoire humaine : ce que certains appellent « la fin du monde » (mais de quel « monde » au juste ?) et d'autres « l'Apocalypse ». Ce qui au bout du compte est tenté ici n'est rien moins que la description de ce processus à la fois extrêmement prégnant (puisque personne ne semble pouvoir y échapper) et toujours, après cinq siècles, aussi mystérieux du moderne ; et comment notamment les entreprises historiques de ceux-là mêmes qui prétendaient le maîtriser (en mode « progressiste ») voire s'y opposer (en mode « réactionnaire ») n'ont abouti qu'à une seule chose : l'accélérer et le renforcer toujours plus, si bien que ce « moderne » apparaît désormais à nombre de nos contemporains comme un « destin » (dont un nom serait par exemple « mondialisation », mais il y en a d'autres) contre lequel il n'y aurait qu'à subir. Il n'en est bien sûr rien, et il sera montré dans un prochain ouvrage ( Le Secret de la vie ) comment ce processus peut être surmonté, et brisée la clôture époquale de ce monde même : « tombe » et « moderne ».
Ici encore, comme dans ses précédents essais, l'auteur parvient à réaliser le mariage entre des considérations philosophiques ou théologiques parfois subtiles et d'autres qui, elles, relèvent de la vie la plus « ordinaire », voire même des débats qui animent l'actualité vulgaire-médiatique : c'est ainsi qu'on trouvera, à côté de l'examen de notions telles que la sainteté, ou « l'aventure poétique », ou l'accélération du temps, des analyses très approfondies de la « souffrance au travail », de la « fête » (de la conception que s'en font nos sociétés), de la « précarité » et du « bruit » (en tant que la nuisance la plus fondamentale de toute cette fantasmagorie), etc. En ce sens, ce Voyage des morts se veut un livre essentiellement pratique , sorte de « manuel de survie aux temps du nihilisme achevé », et dont l'un des mérites consiste à décrire sans illusion - mais sans désespoir non plus - ces temps : en en dessinant le contour de détresse maximale, mais en en indiquant aussi les chemins qui pourraient nous conduire vers leur sortie et vers un « redressement ».