Le double jeu du marché de l'art contemporain : censurer pour mieux vendre

Le marché international de l'art contemporain est en train de devenir un exemple
d'intolérance de tout premier ordre, avec la complicité des médias qu'il éblouit.
Pour ce marché - tiré et incarné par la Foire de Bâle en Suisse (Art Basel) - l'art
contemporain existe seulement dans les galeries et stands de ses clients. Le «reste», à savoir la
concurrence représentée par les oeuvres de milliers d'artistes, est censuré pour mieux «disposer»
de tous les grands acheteurs d'art effectifs et potentiels de la planète.
L'art contemporain est ainsi devenu «la chose» d'un despotisme mercantile méprisant,
obsédé par ses seuls intérêts, ce dont témoignent nombre d'interviews de Samuel Keller, jeune
patron d'Art Basel.
Mais pourquoi un tel mépris ? Précisément parce que cette concurrence séduit un public
de plus en plus nombreux dans les ateliers, les galeries, les foires où l'art d'aujourd'hui est
montré autrement. C'est-à-dire avec modestie, proche des artistes et du public, n'omettant ni
l'art qui commence, que chacun peut voir grandir, ni celui qui promet ou « déteste être reconnu
et salué par son nom » pour parler comme l'artiste Jean Dubuffet.
À Genève, Zurich, Paris, Francfort, Bologne, Gand, Londres, New York... plus d'une
quarantaine de foires, regroupant plusieurs centaines de galeries, présentent actuellement les
différentes facettes de cet «autre» monde de l'art, qui met, avec succès, « une nouvelle idée à
l'épreuve pour vendre de l'art : l'accessibilité », ainsi que le soulignait il y a peu le Wall Street Journal
Europe , en le recommandant aux nouveaux collectionneurs.
Responsable de l'une de ces foires depuis treize ans, Europ'ART, j'ai souhaité éclairer cet
«autre» monde de l'art et ses rendez-vous multiples, notamment en France et en Suisse, en le
confrontant à la barbarie du marché international, fondé, lui, sur la célébration de l'exclusion.
J'ai voulu montrer les actes de résistance qui se multiplient pour que l'art contemporain reste
celui des artistes qui le font, et non du marché international étroit qui prétend le «faire»,
comme le claironnent chaque année, et toujours plus fort, ses promoteurs.