L'adjudant fou

L 'Adjudant était entré premier à Polytechnique mais, chose presque incroyable, peut-être unique dans les annales de l'Institution, il n'en était jamais sorti. Il avait refusé de se présenter au concours de Fin d'Etudes sous le prétexte d'éviter de porter dans la vie l'étiquette indélébile collée sur les produits de cette usine à friser les circonvolutions.
A la suite de cette foucade il avait été, sans grade, verse dans l'Armée. Obscurité dans laquelle il souhaitait se tenir tant elle convenait à son personnage qui ne s'estimait digne d'aucune distinction, à moins que ce ne soit l'inverse; la vanité et la modestie se donnent souvent la main. En dépit d'une rare intelligence et de ruses machiavéliques, il n'avait pas réussi à se maintenir dans cette situation de soldat de 2<sup>ème</sup> classe qui semble à la portée de tous. Ses chefs hiérarchiques, démasquant son camouflage de troupier ignare et déjouant avec obstination ses intrigues pour ne point prendre de galon, étaient parvenus, des sanglots dans la voix, à le persuader d'accepter celui d'adjudant contre la promesse formelle, écrite et ministérielle de ne jamais gravir plus haut l'échelle des honneurs. Tout cela, pour qu'au bout de chemins si dissemblables, dans la cour de la caserne d'Aubanel, l'Adjudant le fou et Koré la belle se rencontrassent... Ils étaient arrivés là où leurs destins allaient se confondre.