Le souffle : récit

« À Artür Harfaux, intimidé je posai ma question lancinante : " Le Grand Jeu est-il encore possible ?", attendant de sa bouche une révélation en forme de pierre philosophale. Son silence qui voyait tout, parfois ponctué de jeux de mots tranchants comme son regard "double-bleu", précéda la promesse qu'il me livrerait un jour une réponse à laquelle il songeait de temps à autre, surtout la nuit. Après plus de deux ans, celle-ci vint sous la forme d'une métaphore bizarre, celle de l'incapacité de l'esprit humain à imaginer ce à quoi pourrait bien ressembler un hippocampe, si cet animal marin ne daignait pas, quelquefois, remonter des profondeurs insondables de l'océan auxquelles il est habitué. Peut-être que cette réponse, son regard à la fois aigu et rieur, ayant l'air de ne pas y toucher, la parcimonie avec laquelle il distillait les plaisanteries à l'humour extrêmement particulier qui vous arrachaient brusquement au sérieux que vous vous étiez fabriqué, constituent l'image la plus précise dont je recherchais l'incarnation. »
Denis Strulevitch Marrisson signe ici son premier ouvrage.