Chronique buissonnière des années cinquante

Ce n'est pas un livre d'Histoire, c'est une chronique. La
couleur du temps y est plus importante que la marche de
l'Histoire.
Les années 50, nous dit l'auteur, n'ont pas bonne presse et
sont un peu les sacrifiées de l'histoire du XX<sup>e</sup> siècle.
La France est en effet sortie comme hébétée de la tragédie
qu'elle a vécue. On lui a dit qu'elle était victorieuse, elle ne le
croit qu'à moitié. En revanche, elle constate que les temps sont
durs, les restrictions toujours là, et la reconstruction lente.
En politique, l'européen Jean Monnet, le sage Pinay, le
clairvoyant Mendès-France, n'empêchent pas la IV<sup>e</sup> République
de manquer de tonus et de décevoir les uns et les autres.
L'inéluctable décolonisation, avec le drame indochinois et la
tragédie algérienne, est vécue comme une troisième et dernière
défaite, après 1870 et 1940.
Paris n'est plus la «Ville lumière».
Cela n'empêche pas Philippe d'Hugues d'allumer, tout au long
des pages de ce livre brillant, les petites lampes du souvenir. Les
grands faits divers, les pièces de théâtre, les chansons qui retiennent
la sensibilité nouvelle, les exploits sportifs, les débuts de la
télévision, tout cela traverse le fleuve tranquille du temps.
Mais c'est encore avec le cinéma, son domaine de prédilection,
fidèle miroir d'une société qui se cherche et qui abonde en
créations nouvelles, que l'auteur nous fait le mieux comprendre
les particularités de cette époque qu'il tente de faire échapper à
l'oubli.