Friedrich Nietzsche

Andreï Biély fut le chef de file de la seconde vague du
symbolisme russe et pour beaucoup d'écrivains un
précurseur de James Joyce et le père du roman
moderne.
Nabokov estimait qu'il faisait partie des cinq plus
grands romancier du XXe siècle et Anthony Burgess,
Maxime Gorki, Sergueï Essenine, Ossip Mandelstam,
Ilia Ehrenbourg et Boris Pasternak ne cachaient pas
leur admiration pour ses écrits.
Il livra son Friedrich Nietzsche aux griffes de la revue
symboliste «moscovite» Vesy (fondée en 1904 par
Brioussov et Baltrusaïtis).
«Alors, on agit de manière fort simple et résolue. En
contournant et en excluant les contradictions (tout
Nietzsche est, en apparence, une contradiction), en ne
s'efforçant pas de découvrir le fondement de ces
contradictions, ou bien en le découvrant au mauvais
endroit, on rabote purement et simplement Nietzsche :
et l'arbre branchu de son système nous regarde
comme une planche plane ; ensuite, on fait tout et
n'importe quoi de cette planche : ou bien on la jette, ou
bien on la brûle, ou bien on l'adapte à ses besoins
domestiques, ou bien on impose l'adoration de l'idole
de bois ; le nietzschéisme de bois, la lutte de bois
contre Nietzsche, voilà ce qui nous attend sur le
chemin auquel nous conviait Nietzsche. Ainsi
agissent tous les idéologues, tous les vulgarisateurs»
«Tu ne prieras jamais plus, tu n'adoreras jamais plus ;
jamais plus tu ne te reposeras dans une confiance
illimitée - tu refuseras de t'arrêter devant une
dernière sagesse, une dernière bonté, une dernière
puissance, et à déharnacher tes pensées - tu n'auras
plus d'ami ni de gardien constant pour tes multiples
solitudes - tu vivras sans jouir de la vue sur cette
chaîne de montagnes qui porte de la neige sur sa cime
et des flammes en son coeur, - il n'y aura plus pour
toi de vengeur, ni d'améliorateur de dernière main -
il n'y aura plus de raison dans ce qui arrive, ni
d'amour dans ce qui t'arrivera, - aucun lieu de repos
ne sera plus ouvert à ton coeur où il n'aurait plus qu'à
trouver sans chercher. Tu te refuses à une quelconque
dernière paix, tu désires l'éternel retour de la guerre et
de la paix : - homme du renoncement, voudras-tu
bien renoncer à tout cela ? Qui t'en donnera la force ?
Personne ne l'a encore jamais eu jusqu'alors !» - Il
existe un lac qui, un jour, s'interdisit de s'écouler et
qui projeta une digue à l'endroit où il coulait jusque-là
: depuis lors le niveau de ce lac ne cesse de s'élever.
Peut-être ce type de renoncement nous fournira-t-il la
force qui permet de supporter le renoncement
même ; peut-être l'homme ne cessera-t-il de s'élever
toujours plus haut à partir du moment où il aura cessé
de s' écouler en un Dieu.
Friedrich Nietzsche
La Gaya Scienza - Livre IV