Les stratégies matrimoniales (IXe-XIIIe siècle)

Les stratégies matrimoniales (IXe-XIIIe siècle)

Les stratégies matrimoniales (IXe-XIIIe siècle)
Éditeur: Brepols
2013363 pagesISBN 9782503549231
Format: BrochéLangue : Français

Histoires de famille

La parenté au Moyen Âge

Depuis une soixantaine d'années, le structuralisme a mis

l'alliance au coeur de l'étude de la parenté. S'inspirant

de l'anthropologie, les historiens tentent ainsi de dégager

les règles qui président à l'échange de femmes entre les

familles médiévales. Ils sont cependant conscients de la spécificité

du Moyen Âge, où le mariage est fortement influencé par

le christianisme, par le droit romain, et plus généralement par

des normes écrites et abstraites dépassant le pragmatisme quotidien

des chefs lignagers. Il est vrai qu'au sein de l'aristocratie,

les pratiques matrimoniales ont longtemps obéi à des logiques

patrimoniales. Le douaire, apporté par le mari, ou la dot, cédée

par les parents de la mariée, « font » traditionnellement le

mariage. Du reste, l'alliance est trop souvent conclue pour entériner

une trêve entre deux troupes ennemies, pour faciliter

l'ascension d'un guerrier fidèle que son seigneur récompense

par la main de sa fille ou pour obtenir un parti prestigieux. Elle

participe donc de l'effort d'une parentèle pour prendre et pour

conserver le pouvoir. Elle réduit la future épouse, et peut-être

aussi son jeune fiancé, au rôle de l'actrice passive des décisions

prises par les aînés de la maison. Aussi solide et enraciné qu'il

puisse paraître, ce modèle cède, du moins en partie, aux valeurs

évangéliques véhiculées par le clergé savant : unicité, indissolubilité,

consensualisme, exogamie extrême... Une telle acculturation

(ou plutôt « inculturation », adaptation du christianisme à

une société donnée) ne se fait pas sans heurts. Il en va de même

avec le remplacement des coutumes germaniques par le droit

romain renaissant, qui impose la dot au détriment du douaire.

Ces mutations n'interviennent pas seulement dans les pratiques

des nobles, mais aussi dans leur imaginaire et dans leurs mentalités.

Elles sont particulièrement à l'oeuvre entre les IX<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup>

siècles où l'alliance prend à jamais un nouveau visage.

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