Amours au temps du communisme

Se coincer la verge dans la fermeture éclair de son pantalon et
y voir un avertissement divin en faveur de l'abstinence, faire prescrire
des antibiotiques à son chat en prévision de son propre avortement,
réciter des vers passionnés d'Ismaïl Kadaré au milieu des chansons
d'Abba, aller acheter un mouton pour un repas de fête et tomber nez
à nez avec un char d'assaut soviétique... Telles étaient les petites
ou grandes mésaventures auxquelles s'exposaient les jeunes gens
amoureux, en Albanie, au temps du communisme.
Légendes et superstitions d'un autre âge, structure patriarcale
archaïque et intransigeante morale du progrès socialiste, finalement
tout se confondait pour produire les mêmes préceptes : arriver vierge
au mariage (pour les filles), éviter les mésalliances (pour les garçons),
suivre les recommandations de ses parents plutôt que les
élans de son coeur (dans tous les cas). L'amour devait ruser, feinter,
dissimuler. Mais au moins les Albanaises et les Albanais se découvraient-ils
à cette occasion des trésors d'imagination et d'humour...