Ecrivain (en 10 leçons)

À l'âge de onze ans, ma vie a connu un véritable tournant.
Je me suis mis à écrire. L'écriture est une activité
nettement moins dangereuse que de se promener dans la cour
de son immeuble un mercredi après-midi en tenue de
Méga-Condom. J'ai pu m'y livrer sans dommage avec une
grande ardeur. Ma mère ne voyait pas d'un très bon oeil cette
nouvelle passion. «De la blague, disait-elle. Trouve-toi
d'abord une bonne situation, tu feras écrivain ensuite.» Elle
considérait les gens de lettres comme des saltimbanques, des
crève-la-faim qui ne tenaient rien de solide. D'ailleurs la
plupart mouraient jeunes, ce qui prouvait à quel point ils
étaient incapables. Les seuls qui trouvaient grâce à ses yeux
avaient un vrai métier. Ils étaient ambassadeurs, ministres,
chirurgiens. Ils écrivaient des livres à temps perdu, pour se
distraire. L'absence de soucis matériels était la condition
préalable d'une bonne création. Généralement, elle la rendait
même superflue et ainsi tout rentrait dans l'ordre.