Poliorcétique au Proche-Orient à l'âge du bronze : fortifications urbaines, procédés de siège et systèmes défensifs

Dans nombre d'ouvrages qui portent sur le fait militaire
abordé de façon diachronique, la poliorcétique proche-orientale
ancienne est généralement, soit fortement résumée, soit passée
sous silence. Or l'âge du Bronze (3000-1200 av. J.-C.) est une
période importante de l'histoire des procédés de siège et des
fortifications urbaines. De fait, le Proche-Orient (Mésopotamie
du Nord, Levant Nord, Levant Sud) fut le théâtre de mutations
décisives : l'apparition des engins de siège (proto-béliers et
machines-tours) et celle des armées permanentes, constituées
par des soldats de métier et des conscrits ; la formation des
premières unités d'assaut composées d'archers, équipés d'arcs
simples ou complexes, et de lanciers, disposés en formation
d'approche, probablement en rangs serrés et protégés par
d'immenses boucliers à auvent, des unités de soutien, équipées
de frondes, et des unités du génie, chargées d'édifier notamment
d'imposants talus de siège. Ces innovations majeures ont accru
sensiblement le potentiel offensif des armées en campagne
des premiers Royaumes combattants (Mari, Ebla) et de l'État
prédateur agadéen. Leur influence sur l'art des fortifications
urbaines fut considérable : l'apparition des glacis courant à
la base des parements extérieurs des enceintes, composés de
matériaux hétérogènes mêlés à des masses de terre, parfois scellés
par un appareil de revêtement disposé de façon à constituer une
sorte de blindage anti-sapes ; la diffusion des remblais défensifs
composés de sédiments divers en quantité importante, disposés
en couches entassées à pendage régulier, et dont le rôle est de
surélever un ensemble cohérent d'ouvrages fortifiés (murailles,
plates-formes de tir) et d'assurer son commandement sur la
plaine alentour. Aux progrès dans l'art des sièges répondent
donc, par un processus dialectique, les progrès dans celui des
fortifications et réciproquement. Ce processus dynamique est
le thème central du présent ouvrage. L'objet est d'établir, en
croisant différentes sources archéologiques et épigraphiques,
une classification des systèmes défensifs et de reconstituer le
rythme de développement et les modalités de l'évolution de la
poliorcétique au Proche-Orient à l'âge du Bronze.
Most scholarly research seeking to address ancient
warfare in a diachronic perspective lacks a comprehensive
review of early near-eastern poliorcetics. Yet the Bronze Age
(3000-1200 B.C.) was an important period in the history of
siege-craft and urban fortifications. The Near East (Northern
Mesopotamia, Northern Levant, Southern Levant) witnessed
several decisive advances: the appearance of siege engines
(proto-battering rams and siege towers), the emergence
of standing armies consisting of professional soldiers and
conscripts, the first assault troops in close phalanx-type
formation composed of archers with simple or complex bows
and soldiers armed with long spear-like weapons bearing
full-length top-curved siege-shields, the presence of support
troops equipped with slings providing long-range barrages
and covering fire, and engineer units and labourers entrusted
with logistics and the construction of siege-ramps. Such major
innovations significantly increased the offensive capacities of
campaigning armies of the first warring Kingdoms (Mari, Ebla)
and the predatory State of Akkad. Their influence on the art of
urban fortifications was considerable: the appearance of sloping
construction glacis heaped against the outer face of the footings
of city walls, and made of different materials such as earth,
plaster, bricks, stone, designed as an obstacle to breaching; the
spread of massive defensive earthworks and embankments of
alternating layers of varying types of fills, that featured both
interior and exterior slopes, which raised the level of the base of
the city fortifications above the surrounding plain significantly
improving its defensibility. These major developments in
siege-craft and urban fortifications are intrinsically linked as
each evolves to counter advancements within the other. This
dynamic process is the central issue of the present work. The
aim is to establish a classification of defensive systems through
an examination of the archeological and epigraphic evidence
in order to reconstruct the sequence of the development and
the modalities of the evolution of poliorcetics in the Near East
during the Bronze Age.