Une enfance en enfer : Cambodge, 17 avril 1975-8 mars 1980

Commence alors la longue descente aux enfers de la «rééducation
rurale» : cinq années d'errance, de répression et de souffrances
au cours desquelles Malay va perdre presque tous ses proches.
De sa voix poignante d'enfant, il raconte la famine organisée,
la maladie, le travail forcé, même pour les garçons de son
âge, dans des chantiers dédiés à l'édification délirante d'un
«Kampuchéa démocratique» - le prix en fût-il la destruction
du peuple cambodgien. Il dit la désagrégation des liens sociaux
devant la misère et les morts successives. Et sa solitude quand,
après la mort de ses aînés, il devient, à douze ans, chef de famille.
Brutalement arraché à l'enfance, pris dans la tourmente de la
déshumanisation, Malay lutte jusqu'au bout pour rester vivant et
humain. Cette force admirable irradie son témoignage, et rappelle
de façon bouleversante que, trente ans après, les tortionnaires
khmers rouges n'ont toujours pas été jugés pour leurs crimes,
empêchant la réconciliation de tout un peuple.