Germain Nouveau : précurseur du surréalisme ?

« À l'heure où se débat pour le poète des Illuminations tout le drame
de sa vie, où il met jusqu'à l'expression poétique en cause, il y a près
de lui un jeune homme, un autre lui-même, son compagnon de Londres,
Germain Nouveau... Mais Nouveau, lui, n'est, ne demeure que le domaine
de quelques-uns. Et cependant jamais ils n'ont voulu faire de l'auteur des
Valentines et de Savoir aimer ce qu'il est : non un poète mineur, mais un
grand poète. Non un épigone de Rimbaud : son égal.
Aucune justification poétique de cette conspiration, de cet étouffement
silencieux, de cette fausse justice rendue... Les rimbaldiens ont peur que,
dans le miroir de Nouveau, on n'aperçoive comment ils ont défiguré (ou
transfiguré) Rimbaud. Elle est dans ce que, sur la destinée même de la
poésie, la poésie de Nouveau apporte un témoignage gênant pour ceux qui
veulent que, peu après 1870, la poésie ait, avec Rimbaud, tout entière
changé de signification et de route. »
Aragon, Les Lettres françaises , 7 octobre 1948.