L'expiation des innocents

Souvenirs d'une Algérie ensanglantée, où bourreaux et victimes
sont confondus par la nuit et par les médias étrangers. Le temps est
rythmé par les balles et les cris des mères. L'espace est un gouffre qui
arrache à la vie toute ses possibilités et sa langue originelle. Histoire
d'une violence devenue déjà un tabou. Désir d'un autre espace où
l'on peut s'asseoir. On va alors vers des lieux autres mais sans jamais
trouver la tranquillité rêvée. Après chaque arrivée, il faut partir de
nouveau car comment rester dans ce pays où l'étranger est présenté
comme un monstre, où le capitalisme domine, et comment survivre
quand l'amour - espace de tous les espoirs - s'est évanoui ? On
revient au berceau et au tombeau premiers pour répondre aux questions
des os et faire pousser des fleurs sur les tombes.
Face à l'absence d'un espace-temps historique stable, le texte crée
discrètement et sans exclusivité son propre espace, tissé par le signe
fondateur de la «mort» appelant à être transformé par «Une langue-âme/
Dans une langue-corps» qui porte les traces et les déchirures
de la culture kabyle. Il reste que cet espace textuel hésite quant au
rapport qu'il doit entretenir avec le monde. Faut-il être dans le tragique
ou dans le cynisme ? Faut-il philosopher, poétiser ou tout simplement
constater ? Faut-il faire de la politique ou adopter (adapter ?)
une religion ? Faut-il séparer la réinvention du Moi de la réinvention
de Dieu ?