Cahiers d'anthropologie du droit, n° 2003. Les pluralismes juridiques

Le pluralisme est, avec l'étude de la parenté, une de ces vaches sacrées
de l'anthropologie auxquelles nous rendons trop souvent un culte hâtif, donc
superficiel.
Lorsque le pluralisme rencontre les domaines du Droit, les réactions sont
de haute intensité ; voire explosives. Le Droit, dans la conception occidentale
moderne, est conçu et organisé sur un modèle unitaire et la figure
achevée de cette conception en est la théorie pure du Droit de Hans Kelsen
qui affirme l'unité finale d'un ensemble hiérarchisé de normes contrôlées par
l'État. Nous parlons, lorsqu'une telle unité est le fruit d'un effort de réduction
ou d'homogénéisation, d'un unitarisme que l'on peut observer, par exemple,
lors de l'élaboration d'un code civil, pénal ou bien de l'environnement...
Ainsi, lorsque l'unitarisme des normes confronte le pluralisme des situations,
diverses solutions sont possibles de la part des juristes comme des
anthropologues : nier l'opposition, aménager le paradigme de sa discipline
avec un toilettage superficiel ou concevoir de nouveaux modes d'analyse,
donc postuler de nouveaux champs de recherche.
Les Cahiers d'Anthropologie du Droit 2003 ont fait appel à une large
palette d'expériences et de personnalités pour illustrer, sous l'égide du pluralisme,
les tentatives de dialogues entre anthropologues, historiens,
juristes ou politistes, dialogues qui sont autant des fragments de récits de
vie scientifique que des contributions théoriques.