Le Cameroun : jardin sacré de la débrouillardise

Au Cameroun, la population fait montre d'un esprit de débrouillardise à toute
épreuve. Dans ce pays, où trouver un emploi dans la fonction publique ou dans le
secteur d'économie moderne privé relève de l'exploit, et où la pauvreté persiste et
signe, des millions de citadins et de ruraux se démènent comme de beaux diables
pour tirer leur épingle du jeu. Ils sont contraints, par la force des choses, à se
battre bec et ongles pour assurer leur survie avec comme principale solution, la
débrouillardise à la camerounaise , c'est-à-dire la quête effrénée d'opportunités,
bonnes ou mauvaises. Dos au mur, chefs de famille, femmes, jeunes, adultes,
analphabètes et diplômés tentent de «se forger» une source de revenu, de
construire un toit, de manger, de trouver de l'eau, de se déplacer, de s'instruire, de
se soigner, etc. Même, certaines catégories sociales qu'on aurait crues à l'abri du
besoin, comme les enseignants, les employés de banque, les douaniers, les forces
de l'ordre et autres fonctionnaires doivent pratiquer une seconde activité ou user
de basses manoeuvres, voire d'expédients, pour arriver à leurs fins.
Le Cameroun émergent, dont le pouvoir en place situe l'avènement à l'horizon
2035, ne sera pas, que l'on sache, un pays encore soumis à l'emprise voire au
règne d'une débrouillardise sans bornes. Son avenir économique ne peut pas se
construire sur l'empressement chaleureux et bavard des vendeurs à la sauvette
dans les rues, les acrobaties des «mototaxistes» dans la circulation urbaine, les
manèges des prostituées le long des trottoirs, les détournements de fonds publics,
le bricolage politique, encore moins les «coups fumants» des feymen. Même si
certaines d'entre elles expriment un réel dynamisme de la part de couches entières
de la population, ces multiples pratiques qui perdurent, ne constituent pas le gage
d'une transformation en profondeur du Cameroun et de son accession, dans une
vingtaine d'années, au statut de pays émergent.