Fanny V.

Jacob ne quitte pas des yeux la fenêtre dans laquelle
se découpe un pan de mur de la maison d'en face. Un
instant, son esprit se concentre sur la géométrie des
lignes qui tracent frontière avec la nuit. Lorsqu'il s'est
rendu au port avec Isaac, il y a quelques semaines, le
Prinz Regent Luitpold était à quai, en train de charger
sa cargaison. Jacob a détaillé les cheminées immenses.
Il est resté longtemps en arrêt devant la coque
monstrueuse qui dressait son acier vers le ciel, ignorant
avec superbe les amarres qui la reliaient à la terre.
Le vapeur lui a paru fiable et solide.
Partir. La décision s'impose une fois de plus dans un pays
devenu inhospitalier. Jacob et Sérina quittent Constantinople
à la fin de l'année 1912, avec, au fond des yeux, le rêve d'une vie
recommencée en France, pays de la liberté et de la tolérance.