La partie n'est jamais nulle

Vilna. 1943 : «Écoute-moi, dit Schoger, le commandant allemand du ghetto,
au jeune Isaac Lipman, joueur d'échecs prodige, écoute-mol bien. Nous allons
jouer ensemble, toi et moi. Si tu gagnes, les enfants ne seront pas déportés,
mais je te tuerai. Si tu perds, tu vivras, mais tous les enfants de moins de dix
ans partiront pour les camps. Si la partie est nulle, nous en resterons là.»
La partie va se jouer devant tout le ghetto réuni et silencieux. Isaac
a dix-sept ans. Il aime Esther, seize ans. Certes, il va essayer de faire
partie nulle. Mais il sait qu'au-delà du pouvoir sur les corps, ce que
Schoger veut briser chez les autres c'est la liberté, le destin. Réduits
à jouer leur vie sur la carte forcée de cette cauchemardesque partie,
les prisonniers, de jour en jour plus conscients des limites de leur
esclavage, s'organisent...
Dans un style limpide et implacable doté d'une grande force
poétique, Meras écrit une fable sur la façon dont l'homme essaie
de préserver sa dignité. Loin de se vouloir un témoignage ou un
roman réaliste sur la Shoah, La partie n'est jamais nulle s'inscrit
dans la grande tradition des contes juifs d'Europe centrale.