Une mythologie brésilienne

Cet ouvrage reconnaît la légitimité de la religiosité populaire, par opposition à
la religion (catholique, hégémonique). La civilisation coloniale n'a pas permis
la reproduction à l'identique des traditions européennes. Parmi les traits de
culture importés, les éléments du culte ont alimenté l'imaginaire d'une culture
brésilienne en perpétuelle formation. Les conditions de vie, dans ce "nouveau"
monde, favorisèrent la genèse d'une nouvelle tradition, où prédomina l'histoire de
la passion du Christ. Cette culture populaire brésilienne, bâtarde, pétrie d'éléments
médiévaux, africains et amérindiens, pâtissant de l'esclavage, de génocides et de
peines de tous ordres, se reconnut dans ce miroir de la passion.
Les autochtones d'hier ou d'aujourd'hui n'appellent pas "mythes" leurs
narrations exemplaires ; les paysans analphabètes du Brésil ne nomment pas
"mythes" leurs narrations étiologiques ; les histoires de saints ne sont pas
seulement des "légendes folkloriques" ( estórias ). Ce livre en est un témoignage,
ces estórias sont l'Histoire, élaborée par la mémoire collective orale.
Bien sûr, on ne peut se passer du concept de mythe, consolidé durant des
siècles après Platon, généralisé aujourd'hui dans la presse et le langage courant.
La définition anthropologique du "mythe" ne dénote d'ailleurs pas un jugement
péjoratif de la pensée manifestée. C'est dans cette optique bienveillante que
l'auteur a écouté et transmet ici ces récits, et certaines clés de leur compréhension,
en respectant l'espace et le mystère de la parole dite. Car si le scientifique dénigre
le sens commun par des analyses exagérément rationnelles, il ne fait que nier son
propre objet humain : le défi anthropologique est justement un discours raisonné
sur le rationnel et le non-rationnel.