Correspondance

Correspondance
Éditeur: J. Gabay
2010ISBN 9782876473386
Format: BrochéLangue : Français

Aucune correspondance d'Hermite ne fut plus suivie ni plus abondante que celle qu'il avait commencée

en 1882 avec un astronome adjoint de l'Observatoire de Leyde, Thomas Stieltjes. Le souci des mêmes

problèmes et une même tournure d'esprit attirèrent Hermite vers Stieltjes, et une vive sympathie s'établit vite

entre le jeune débutant et le vétéran de la Science. La mort de Stieltjes, arrivée prématurément en 1894, put

seule interrompre cette correspondance, unique peut-être dans l'histoire de la Science. Relisant, après ce

triste événement, la longue série de lettres du géomètre éminent pour qui il avait une si affectueuse estime,

Hermite pensa qu'il importait à la mémoire de Stieltjes que ce témoignage de son activité et de son génie

mathématiques ne disparût point. Il était impossible de publier les lettres de Stieltjes sans publier celles

d'Hermite, tant leur collaboration avait été intime ; les amis de Stieltjes eurent ici à vaincre quelque

résistance d'Hermite, qui finit cependant par se décider à laisser paraître l'ensemble de la Correspondance.

[...]

Une grande partie de la Correspondance a un caractère arithmétique ; c'est le vir arithmeticus , comme

aurait dit Jacobi, qu'Hermite affectionnait surtout en Stieltjes. Cet arithméticien ne reste pas seulement sur

les sommets à contempler les choses de loin et de haut, il descend dans le fond des vallées et y recueille des

applications numériques d'où il sait ensuite tirer des remarques générales. Quelle joie ce fut pour Hermite

que de rencontrer un correspondant si perspicace s'intéressant aux questions d'approximations, auxquelles il

avait lui-même consacré une grande partie de son labeur scientifique, en particulier aux quadratures

approchées et aux fractions continues algébriques. On retrouve chez Stieltjes, à l'apogée de son talent, le

calculateur qu'il avait été jadis à l'Observatoire de Leyde, c'est un des côtés de son originalité.

On est émerveillé aussi de la rapidité avec laquelle il répond aux questions que lui pose Hermite et trouve

des démonstrations ingénieuses et profondes aux théorèmes qui lui sont énoncés. Nous voyons en même

temps le champ de ses études s'agrandir peu à peu ; ses recherches sur une transcendante envisagée par

Riemann le font pénétrer profondément dans la théorie des fonctions. Que de beaux travaux il eût faits

encore en portant dans cette voie ses préoccupations arithmétiques et algébriques, si sa carrière n'avait pas

été si prématurément brisée ! C'est ce dont témoigne assez son dernier Mémoire, sur les fractions continues

algébriques, qui est assurément un chet-d'oeuvre.

La correspondance d'Hermite et de Stieltjes n'intéressera pas seulement les analystes. En même temps

que deux géomètres de premier ordre, on y voit deux beaux caractères. Quelle simplicité et quelle franchise

entre le maître et le disciple, ou plutôt entre les deux amis ! Quelle confiance affectueuse chez l'un et chez

l'autre ! On est réconforté par la lecture de ces pages, où ne se mêle aucune préoccupation personnelle, et où

chacun va jusqu'au bout de sa pensée. Il semble aussi, et c'est une curieuse impression laissée par ces lettres,

que sous cette forme plus personnelle le langage abstrait de l'Analyse perde de sa sécheresse et que la

Mathématique y devienne plus humaine. On n'oubliera pas enfin que c'est à l'amitié développée par cette

correspondance que nous devons de pouvoir compter Thomas Stieltjes parmi les géomètres français les plus

éminents de la seconde moitié du XIX<sup>e</sup> siècle.

Émile Picard

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