Maurice Sachs, Jacques et Raïssa Maritain : correspondance 1925-1939

Maurice Sachs, Jacques et Raïssa Maritain : correspondance 1925-1939

Maurice Sachs, Jacques et Raïssa Maritain : correspondance 1925-1939
Éditeur: Gallimard
2003334 pagesISBN 9782070733545
Format: BrochéLangue : Français

Au-delà d'un romantisme de jeunesse et d'emballements

religieux, il faut lire dans ces lettres de Maurice Sachs à Jacques

et Raïssa Maritain le témoignage émouvant d'un être écrasé par

son passé, déchiré par ses désirs, prêt à tout instant à des résolutions

nouvelles et à des serments irrévocables, tout en sachant

qu'il retombera, l'instant d'après, dans ce qu'il a refusé et qu'il

n'échappera pas à la veulerie et à la bassesse. « Ce n'est pas le

courage qui me manque, c'est le courage de ce courage. Or le

courage, c'est encore le courage pur. Le premier pas ne coûte

pas, mais ce sont les quotidiens derniers pas qui me coûtent [...]

Mon esprit est faible, distrait, tiède parfois, mon corps est parfois

secoué par le démon. C'est à la force des poignets du coeur que

je veux marcher », écrit-il à ses « Très chers et doux amis »

(3 octobre 1925). Faut-il voir dans ces aveux lucides et pathétiques

une volonté de mensonge, une dramatisation perverse

destinée à impressionner les naïfs et zélés Maritain ? Sachs a le

goût des mises en scène, il aime jouer, mais ce jeu lui permet

aussi de délivrer une certaine vérité. De parler en vérité de son

homosexualité. S'il sait que la rigueur théologique et la probité

morale de Maritain réprouvent l'homosexualité, il sait aussi,

comme le montre cette correspondance, que ses amis ne se

voilent pas la face, ne s'indignent pas, ne s'attardent à aucun

reproche. Ils accueillent seulement ceux qui sont exténués.

Exténué, déchiré, Maurice Sachs l'est constamment jusqu'à la

fin de sa vie. Les lettres témoignent, de manière troublante, de

cette perpétuelle oscillation entre des temps d'ascèse, de volonté

de maîtrise de soi et des périodes où, après avoir donné libre

cours à ses pulsions, Sachs éprouve des sentiments de forte

solitude et de dégoût de soi, tant semble fondamentale chez lui

l'amertume de se sentir victime de la fatalité.

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