Mon frère

Mon frère
Éditeur: M. Nadeau
202088 pagesISBN 9782862312910
Format: BrochéLangue : Français

« J'ai quatorze ans. Je n'ai aucun moyen de communiquer si ce n'est de pouvoir fixer longuement ceux qui me regardent pour essayer de leur faire comprendre, bien que je ne puisse parler, bouger mes membres, dire si j'ai faim ou soif, que je suis capable de m'exprimer. Heureusement que mon frère, mon cadet d'un an, s'arrête devant moi et s'interroge. J'en suis sûre, car cela lui arrive trop souvent. En tout cas, je ne cesserai jamais d'y croire. Il faut bien que je me raccroche à quelque chose. Parfois, contrairement à tous les autres membres de la famille, il me parle, et comme il continue, c'est qu'il s'imagine que je lui réponds. Pourtant, il sait, vu mon fort handicap, que j'en suis incapable. »

La narratrice est une jeune fille handicapée, incapable de se mouvoir et de parler, réduite à des fonctions végétatives. Son seul véritable contact : un frère aimant. L'auteur accompagne le cheminement intérieur de son personnage dans un récit sobre et précis.

Mon frère  : un témoignage poignant sur les tourments de l'âme et de la chair meurtries, rendu sensible par la puissance de l'écriture.

« - Qu'est-ce que tu veux ?

Ma tante me quitte des yeux et reste pensive un long moment. Ensuite, elle se redresse et me regarde plus intensément.

- Mais qu'est-ce que tu veux ? répète- t-elle doucement, car elle ne doute pas un instant que je lui demande quelque chose.

- Elle veut voir la télé ! dit une voix qui arrive du couloir.

C'est mon frère qui, plus proche de moi, a su, de loin, déchiffrer mon message. Alors, je ris pour exprimer mon contentement. Ma tante regarde alternativement mon frère et moi. Ensuite, elle revient vers lui.

- Ne me dis pas...

- Elle comprend tout, lui répond-il. Maintenant, si tu ne l'amènes pas voir la télé, elle va pleurer, ajoute-t-il.

Stupéfaite, ma tante me regarde, puis s'esclaffe.

- Après tout, elle sera mieux avec nous que dans son mouroir, conclut-elle.

Ça y est, maintenant, j'ai droit tous les soirs à ma séance télé et à mes deux ou trois promenades hebdomadaires. Comme quoi, il ne faut pas grand-chose pour retrouver goût à la vie. »

« Ma mère apparaît, avec, à l'odeur, des Vache qui rit écrasées dans une assiette de vermicelles. C'est l'heure de ma bouillie. Pourquoi ne me laisse-t-elle pas mourir de faim ? J'essaie, avec beaucoup d'efforts de serrer les dents, pendant qu'elle cherche à faire entrer de force la cuillère. Alors, elle me pince les joues, jusqu'à ce qu'elles se rejoignent, afin que j'ouvre la bouche. Au milieu des larmes, j'avale ce que je voudrais vomir. Les gencives en sang, j'aimerais lui exprimer mon mépris. Seulement, je sais que je n'ai pas été non plus un cadeau pour elle. Enfin, je viens d'ingurgiter la dernière cuillère et vais avoir droit à ma banane quotidienne qu'elle aura aussi écrasée dans une soucoupe. Maintenant, elle ôte ma couche et m'essuie succinctement sans traiter mes plaies. Elle pense ainsi, que j'attendrai avant de me faire dessus. Ce que d'ailleurs je fais pour éviter les brûlures dont je ne parviens pas à m'habituer. Heureusement que mon frère n'oublie pas de m'appliquer, quand il s'en rend compte, du lait pour bébé avec un morceau de coton. »

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