Le temps et le moi : psychanalyse et ontologie

Le temps réel nous afflige, inaugurant traumatiquement le tragique de la perte irréversible de la présence.
La philosophie, jusqu'à J. Derrida inclus, en a su quelque chose, mais a occulté ce savoir en remettant dans le sujet, comme intentionnalité et auto-affection, ce qui vient du dehors l'arracher à lui-même.
Freud en a su quelque chose, mais a relégué ce savoir dans la sphère des pensées privées, se laissant par ailleurs fasciner par la monstrueuse et merveilleuse atemporalité que lui présentait son objet, l'inconscient. Ce que Lacan a confirmé, l'identifiant à la structure du signifiant.
Sa pratique clinique lui a pourtant aussi inspiré, à de rares mais précieux moments, une écoute psychanalytique du temps sur laquelle on a ici mis l'accent.
Restait alors à marquer la juste place de la préoccupation ontologique dans un champ psychique commandé d'abord par la pulsion et le narcissisme.
Pulsion, narcissisme, souci de l'être et du néant : c'est ce noeud qui fait sens, ce que confortent deux études cliniques : celle de la mise en oeuvre du temps continu androgynique chez Wagner, et celle de la philosophie du devenir créateur chez Nietzsche.