Philosophie, n° 85

Philosophie, n° 85

Philosophie, n° 85
Éditeur: Minuit
200594 pagesISBN 9782707319180
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro s'ouvre par la traduction, due à W. Feuerhahn, de la seconde

partie du premier article méthodologique de Max Weber, "Roscher et

Knies et les problèmes logiques de l'économie politique historique", intitulée

"Knies et le problème de l'irrationalité". Weber y critique la conception

qu'a Knies des limites de l'intelligibilité en économie politique - limites qui

tiennent, selon ce dernier, à la relativité historique et nationale, ainsi qu'à

l'irrationalité des comportements humains libres, qu'il oppose au caractère

nomologique des processus naturels. Weber dénonce chez Knies une

confusion entre déterminisme causal et caractère nomologique, causalité et

légalité, et s'oppose à tout repli des concepts épistémologiques d'explication

et de compréhension sur l'opposition ontologique entre nature et

esprit.

Dans "Max Weber et l'explication compréhensive", W. Feuerhahn clarifie

les enjeux de cette critique weberienne de Knies. Partant de la controverse

traditionnelle "expliquer/comprendre", qui fait figure de topos de l'épistémologie

des sciences de l'homme, il s'attache à relativiser la présentation

de l'explication et de la compréhension comme méthodes inconciliables

rapportées à des domaines ontologiques hétérogènes, et montre comment

Weber refuse tout ancrage ontologique de l'opposition entre sciences

nomologiques et sciences de la réalité dans les régions nature et esprit , pour

les déterminer par leurs visées épistémiques respectives, et fait place, au

sein des sciences historiques de la culture, à la notion d'explication compréhensive

qui concilie ces deux orientations.

Dans "Le visage défiguré", J. Vioulac entend dédouaner la pensée de Levinas

de la double critique qui lui fut adressée : d'avoir été dupe de la morale,

et d'avoir amorcé une tentative de dépassement de l'hégélianisme qui se

serait soldée par un échec. Prenant le contre-pied du célèbre article "Violence

et métaphysique" où Derrida affirmait que la relation à autrui thématisée

par Levinas se réduisait à la dialectique intersubjective magistralement

décrite par Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit , J. Vioulac montre

comment cette dialectique subordonne intégralement la description phénoménologique

à la logique, en réduisant le rapport à autrui à un moment

interne au syllogisme de la conscience de soi ; et comment la subordination

de l'individu à l'universel dans la philosophie hégélienne de l'État confirme

sans équivoque le non-apparaître d'autrui comme tel à la conscience, l'impossibilité

du face-à-face entre consciences, et le régime de violence propre

à la métaphysique.

Le numéro se clôt avec "La rationalité et la causalité dans le réalisme interne

de Putnam", où M. Kistler part du constat de la mutation essentielle

survenue à la fin des années soixante-dix dans la position philosophique de

Putnam - laquelle passe de la thèse réaliste de la vérité en soi des énoncés

scientifiques, indépendante de leur cognoscibilité subjective, à une position

critique affirmant l'incohérence d'un tel "réalisme métaphysique". L'enjeu

essentiel de l'article de M. Kistler réside dans la démonstration que cette

critique du réalisme conduit implicitement Putnam à un relativisme qui

prive de sens la notion de vérité scientifique absolue, et repose en outre sur

un argument dirigé contre la réalité des relations causales dont l'auteur met

en évidence le caractère contestable.

D.P.

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