Par les cheveux. Manifeste du coulisme

- Tu veux bien me laisser entrer ?
J'ai fermé les yeux en me demandant comment ce gosse d'une douzaine d'années avait fait pour échouer là. Quand je les ai rouverts, il était toujours là.
- Non. Je suis payé pour empêcher les gens de rentrer par là quand ils n'ont pas payé. Si tu veux, tu fais le tour et la billetterie est sur le devant du hangar.
- Allez.
Les gosses ont décidément le chic pour en dire un maximum dans le minimum de syllabes.
- Non. Si ça se sait, je me ferai virer et j'ai besoin de mon salaire.
- Hier, ton copain m'a laissé entrer.
Il m'a surpris en disant ça. La veille, j'étais à l'entrée principale, alternativement pour déchirer les billets et pour patrouiller dans les allées afin de montrer qu'à cet endroit, la loi et l'ordre n'étaient pas de vains mots. C'était le lèche-cul du patron qui surveillait l'arrière du hangar, un mec un peu simple, qui aimait l'uniforme. Même un ersatz comme le nôtre.
- Je lui ai taillé une pipe et il m'a laissé entrer. T'en veux une aussi ?
J'ai mis quelques secondes à réagir. Allez associer ça à un petit gosse brun blond, souriant, qui essayait d'entrer dans une expo de modèle réduit pour faire passer un après-midi.
- Casse-toi.
C'était sorti tout seul.
- T'es sûr ? Il a bien aimé.
J'étais coincé. Il ne m'avait pas dit ça innocemment, mais avec un petit sourire ambigu aux lèvres, en se rapprochant de moi jusqu'à me coller. Je ne pouvais même plus reculer puisque nous étions du même coté de la balustrade.
- Vas-y mais essaye de ne pas te faire choper.
Et il était parti aussi vite qu'il était apparu. Mais pas du même côté.