Le Parlement de Paris : logiques politiques et pratiques documentaires : XVIIe-XVIIIe siècles

« C'est en ma personne seule que réside la puissance souveraine dont le
caractère propre est l'esprit de conseil, de justice et de raison. C'est à moi
seul qu'appartient le pouvoir législatif sans dépendance et sans partage.
L'ordre public tout entier émane de moi... Les intérêts de la nation sont
nécessairement unis avec les miens et ne reposent qu'en mes mains... Les
magistrats sont mes officiers chargés de m'acquitter du devoir vraiment
royal de rendre la justice à mes sujets... » C'est en ces termes tranchants
que Louis XV a été amené, en 1766, à rappeler solennellement aux
membres du Parlement, au cours d'un «Lit de justice» connu sous le nom
de séance de la flagellation , les principes de la souveraineté royale. La
longue histoire de cette cour souveraine, qui s'étend sur un demi-millénaire,
de sa création à partir de la curia regis dans la seconde moitié
du XIII<sup>e</sup> siècle à sa suppression à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, a été maintes fois
tourmentée, car ses relations avec le gouvernement royal étaient devenues
complexes du fait de son aspiration à jouer un rôle politique, et cela
particulièrement dans les deux derniers siècles de son existence. Ainsi, à
travers la vie du Parlement de Paris, logiques politiques et pratiques
documentaires se conjuguent dans un cadre dont la royauté avait elle-même
très tôt planté le décor.