Le brave soldat Chvéïk dans la guerre d'Irak

On se souvient que Chvéïk, citoyen tchèque, habite
Prague, et vend des chiens volés lorsqu'il n'est pas militaire.
Que son créateur, Jaroslav Hasek, avait raconté son destin
dans un long roman rédigé de 1920 à 1922, présenté en
français en trois volumes distincts : Le Brave Soldat Chvéïk,
Les Nouvelles Aventures du Soldat Chvéïk , et Les Dernières
Aventures du Soldat Chvéïk (Éditions Gallimard). On y suivait
l'itinéraire d'un obscur héros, engagé avec enthousiasme
dans les péripéties de la première guerre mondiale. Ce personnage
est hors du commun, d'abord parce qu'on se
demande longtemps - sans jamais répondre - s'il est véritablement
idiot ou seulement simulateur, ensuite parce que
selon Roger Grenier, «il dénonce l'absurde en y adhérant de
toutes ses forces, l'excès de zèle étant sa façon imparable de
pratiquer le sabotage».
Qu'un peu plus tard, Bertolt Brecht prolongea les aventures
de notre héros en écrivant de 1941 à 1944 la pièce de
théâtre Schweyk dans la deuxième guerre mondiale (éditions
de l'Arche).
Nous avons, pour notre part, montré ailleurs pourquoi et
comment Chvéïk - ou son petit-fils - est réapparu au 21<sup>e</sup> siècle,
dans un contexte de mondialisation économique sans
repères, sans morale, où la seule valeur proclamée est celle
de la toute puissance de l'argent.
Et puis, en avril 2003, a éclaté la guerre d'Irak. Pendant
l'été 2003 une évidence apparut : Chvéïk était avant tout un
soldat et la République Tchèque, membre de la «jeune
Europe», avait décidé de participer au conflit.
Le petit-fils de Chvéïk devait nécessairement être mêlé à
la guerre d'Irak...