Le chant des martyrs : dans les camps de la mort de la Chine de Mao

Entre 1957 et 1960, un grand nombre d'intellectuels et de
fonctionnaires chinois furent envoyés dans le camp de rééducation
de Jiabiangou, un camp de travail aux allures de camp
de concentration. Quelques survivants en réchappèrent.
Déclarés «droitiers» pour s'être opposés à Mao, pour avoir
offensé des cadres du Parti, ou tout simplement pour être nés
dans «la classe exploitante», celle des propriétaires terriens
ou capitalistes, les détenus de Jiabiangou travaillent jusqu'à
l'épuisement, se nourrissant de feuilles, d'écorces d'arbre et
de graines au péril de leur vie. Un à un, ils succombent à la
maladie et à la faim. Pris dans un mécanisme totalitaire de
répression, ces hommes sont maintenus dans un état de dénuement
physique et moral tel qu'ils en perdent toute dignité.
Fermé en octobre 1967, le camp de Jiabiangou resta tabou
jusque dans les années 1990. Xianhui Yang, l'auteur de ce
document exceptionnel, a passé cinq ans à interviewer les survivants
de Jiabiangou.
Ces récits, présentés à l'origine sous forme de nouvelles littéraires
afin d'échapper à la censure chinoise, témoignent d'un
enfer insoupçonné. Un texte qui rappelle avec la même force
l'horreur que décrit Soljenitsyne dans L'Archipel du goulag.