La vie proche

Il y a, dans la poésie de Jean-Michel Jouan, quelque chose d'une
grande subtilité, d'une infinie délicatesse, comme d'un papillon
dont on n'oserait toucher le bout des ailes par peur de faire
évaporer sa poudre. La nature, toujours présente, est sans cesse
reliée à un questionnement qui s'apparente d'ailleurs davantage à
une forme de sagesse. Tout est là : le temps, la nostalgie, l'amour...
et l'amour du vivant tout court. La vie proche en somme.
Silvaine Arabo
(...)
Je ne savais pourquoi
la vie semblait d'angles et de pierre,
de vanités précoces,
de chasse aux gibiers mystérieux
dont la plainte de chanterelle
nous étreignait la nuit dans le lointain sommeil,
d'appels répétés sans écho,
d'agitation qui se heurtait
à l'invisible mur au-delà de soi.
J'étais ardeur aussi,
guetteur d'étés aux passages d'oiseaux,
poing serré dans la main de mon père,
faiseur de jeux entre rire et ennui,
c'était l'enfance rude,
et une raison inquiète me disait
que le pas du monde n'était pas
celui, qu'au fond, j'aurais aimé suivre.
(...)
Jean-Michel Jouan, extrait de La vie proche