Contes judéo-espagnols des Balkans

Dans l'ancien Empire ottoman vivaient, depuis la fin du
Moyen Âge, des communautés juives qui parlaient l'espagnol
du temps de Cervantès. Expulsés d'Espagne durant la reconquista
de 1492, ces Juifs séfarades ont peuplé les grandes
villes balkaniques ou turques jusqu'à leur disparition au cours
de la Seconde Guerre mondiale.
Voici enfin publiée en français la collecte de contes judéo-espagnols
de Cynthia Crews, un recueil oublié qui appartient
aux textes fondateurs du genre. La collectrice les recueillit en
l'espace de six ans (1929-1935), se rendant successivement à
Sarajevo, Bucarest, Monastir, Skopje et Salonique pour étudier
le parler judéo-espagnol, à une époque où la tradition
orale des communautés séfarades était bien vivante.
Durant des siècles, les contes judéo-espagnols s'étaient
transmis oralement dans le cadre géographique de l'Empire
ottoman, qui lui-même avait succédé à l'Empire byzantin. Ces
vastes constructions politiques composent l'arrière-plan historique
et spatial de la littérature orale de l'ensemble des pays
du Sud-Est européen. Il existe ainsi un fonds traditionnel
unique pour les arts et traditions populaires de cette région,
qui ne fut partagée entre divers États-nations qu'au cours du
XIX<sup>e</sup> siècle.
Se pose alors la question de savoir à quel univers se rattache
ce corpus de contes : ibérique, judaïque ou balkanique ? Ces
«vieilles légendes bien espagnoles» de Crews sont-elles
reconnaissables, à l'heure actuelle, par le spécialiste du conte
espagnol ou juif, ou bien doit-on les classer parmi les contes
des Balkans ?
En lisant les récits de Cynthia Crews, le lecteur francophone
donnera sa propre réponse et découvrira la force et la
beauté du conte merveilleux judéo-espagnol.