Guerre et exterminations à l'Est : Hitler et la conquête de l'espace vital, 1933-1945

L'obsession de l'«espace vital» est inséparable, chez Hitler,
du délire antisémite. À l'étroit dans ses frontières de 1919, le
peuple allemand doit, selon lui, prendre le contrôle de toutes
les contrées peu ou prou «germaniques», les «libérer»,
ainsi que le Reich, de leurs Juifs, y asservir ou y massacrer
les Slaves qui s'y trouvent, enfin y implanter des paysans dont
le «sang» n'est pas douteux.
Au nom de cette double utopie, raciale et spatiale, l'Allemagne
a engagé à l'Est pas moins de 12 millions d'hommes.
Outre les millions de victimes des combats, plus de 18 millions
de civils polonais et soviétiques, dont plus de 4 millions de
Juifs, ont péri. À côté des victimes «ordinaires» des combats,
il y eut la mort de millions de prisonniers russes, des massacres
de masse «par balles», les camps d'extermination des
Juifs (tous se trouvaient à l'Est), l'incendie de milliers de villes
et de villages. C'est bien en Europe orientale que la barbarie
nazie a atteint son paroxysme.
Plusieurs générations d'historiens, en particulier des
Allemands nés après guerre, ont accumulé les travaux
savants sur cette question, mais il n'existait pas encore là-dessus
de synthèse solide en langue française. Christian
Baechler, l'un de nos meilleurs spécialistes de l'Allemagne,
donne ici un livre magistral.