Félix Ziem à Martigues : égarements et certitudes

Pour Félix Ziem, d'origine hongroise, né en Bourgogne, fasciné par
l'Orient, par les femmes et par Venise, Martigues devient un lieu improbable
- à la fois réel et fictif - où il se fait construire un atelier baroque, à
la mode orientale, avec coupoles et minarets.
Peintre unanimement reconnu de son vivant, grand voyageur, comblé
d'honneurs et de distinctions, il aime venir travailler sur les bords du
Canal de Caronte, y retrouver les souvenirs recomposés de ses lointaines
errances et faire des chefs-d'oeuvre «d'un coin qu'il avait bien senti».
Peintre sériel avant la lettre, prolixe à l'extrême, reconduisant éternellement
le même motif dans des compositions évanescentes, vaporeuses
et très souvent crépusculaires, tiraillé entre la peinture, le dessin et
l'écriture, ami des Goncourt et de Théophile Gautier, il nous faut imaginer
qu'il arrive à Martigues comme un oiseau migrateur : pour y trouver le
repos des sens et cette certitude de l'âme que seule procure l'illusion
d'échapper à l'espace et au temps.
Il nous plaît d'imaginer Félix Ziem comme un oiseau sur la branche
martégale - entre ciel, terre et eau - et quasiment perdu dans les brumes
matinales des étangs.