La couronne de la montagne : Gorski vijenac

«D'or fut la première race d'hommes périssables que créèrent les
Immortels, habitants de l'Olympe», dit Hésiode dans sa Théogonie. C'est
à cette race d'hommes qu'appartient Njegos, prince, évêque et poète, qui
régna sur un peuple héroïque : les Serbes monténégrins. Dans le corps de
ces hommes sculptés par le roc, battus par les pluies et les vents, brûlés
par le soleil, il attisa une âme, cruelle et innocente, pour assouvir leurs
aspirations d'hommes libres, et y incarner la nature même de l'univers :
le vécu absolu, première force, première nécessité qui régit toutes les
autres. Être soi dans l'au-delà de soi.
Dans La Couronne de la Montagne , les compagnons de fortune et
d'infortune du Prince-évêque Danilo sont les frères de sang des guerriers
grecs de L'Iliade. Des siècles et des siècles les séparent dans l'apparence
du temps qui s'écoule, mais dans leur for intérieur, ils agissent, pensent,
rusent, rêvent, pleurent et se vengent comme enfants d'une seule mère.
Njegos et Homère contemplent les mêmes hommes, la race héroïque,
celle qui cédera devant la race de fer, mais qui ressuscitera dans le
poème :
Votre exemple enseignera à l'aède
comment parler à l'immortalité !
La filiation entre ces deux poètes est directe parce que tous deux sont
nés de Gaïa et Ouranos, tous deux sont fils de la terre et de la lumière.
Comme Homère, Njegos porte intact en son être le feu des entrailles
de la terre, et son âme est le prisme limpide où la lumière cosmique
des étoiles se concentre. Dans son regard, un oeil irradie l'âtre terrestre,
brûle des âges obscurs qu'a traversés la Terre. L'autre recueille la lumière
cosmique des étoiles, et rayonne de son céleste vécu.
La Couronne de la Montagne est le chant épique d'une nation, en
même temps qu'un chef-d'oeuvre de la littérature universelle. Cette
édition bilingue est une véritable découverte qui participa au réveil de
l'ethno-romantisme européen.