Masques berbères et théâtre maghrébin

Longtemps, les masques ont été peu connus au Maghreb.
Mohand Aït Ahmed le montre bien, lui qui n'a pu trouver,
à propos de sa Kabylie natale, qu'à peine une malheureuse
dizaine de pages écrites à ce sujet, et qui a prospecté, partout
ailleurs au Maghreb, une bibliographie qui demeure, à propos
des masques, tout aussi indigente. Curieuse négligence de la
part de tant d'auteurs potentiels, tous ceux qui, voyageurs,
ethnographes apprentis ou non, administrateurs coloniaux,
universitaires, ont observé et décrit maints autres rituels, maints
autres faits de culture maghrébine. En réalité, ces masques et
les expressions violentes, tumultueuses, qui accompagnent
leurs sorties, semblent avoir bien embarrassé des observateurs
incapables de les interpréter. Ces rituels ruraux, alors vus et
compris comme des carnavals, des mascarades, des charivaris,
et les défoulements collectifs qu'ils paraissent manifester sans
retenue, souvent obscènes, toujours fortement sexualisés, sont
apparus si paradoxaux, si étonnants, qu'au mieux une certaine
pudeur, mais plus vraisemblablement des interdits, ont incité
à faire silence ; car de telles expressions ne pouvaient qu'être
réprouvées tant par l'orthodoxie musulmane que par l'école
française.
Camille Lacoste-Dujardin