Théâtre jésuite néo-latin et Antiquité : sur le Brutus de Charles Porée (1708)

Un père condamne à mort ses deux
jeunes fils : Brutus, fondateur de la République
romaine, les fait décapiter à la
hache, selon les historiographes latins,
pour avoir comploté en vue du rétablissement
des rois. Le 1<sup>er</sup> août 1708, à Paris,
des adolescents se font sur scène, devant
de nombreux spectateurs, les interprètes
de ces trois personnages. Élèves du prestigieux
collège jésuite de Louis le Grand,
ils y jouent une tragédie néo-latine, Lucius
Junius Brutus, composée par un de
leurs régents de rhétorique, Charles Porée.
La pièce, rejouée sur la même scène
en 1712, 1720 et 1726, relance durablement
l'intérêt pour cet épisode historico-mythique
dont sont analysés les principaux
traitements antérieurs. En 1730,
Voltaire, ancien disciple dévoué de Porée,
donnera un Brutus et, en 1789,
J.-L. David exposera au Salon une toile
consacrée à ce motif dont s'empareront
plus tard les révolutionnaires.
Tragédie exemplaire du théâtre jésuite,
le L. J. Brutus de Porée, dont sont données
l'édition et la traduction inédites,
marque un moment important de l'histoire
des idées et des goûts. La représentation
de 1708 témoigne du faste habituel
qui caractérise ce type de spectacles
agrémentés de ballets, offerts régulièrement
sur la scène des collèges jésuites
devant un vaste public. Après avoir décrit
le parcours intellectuel de Porée, on
s'attache ici à une étude précise des liens
formels et thématiques entretenus par le
L. J. Brutus avec l'Antiquité (langue, histoire,
théories esthétiques et théâtre).
Est ainsi abordée la question de la position
complexe prise par la Compagnie de
Jésus, à l'aube du siècle des Lumières,
entre Anciens et Modernes.