Bronson

«Je n'aurais pas dû regarder cette vieille série B avec Charles
Bronson.
À l'écran, un homme prépare un attentat dans une chambre
d'hôtel minable. Longtemps, il observe par la fenêtre l'appartement
qu'il fera sauter à la nuit tombée. Un quart d'heure
passe sans qu'un mot soit prononcé.
Ce quart d'heure a occupé les dernières années de ma vie.
Cinq ans à tenter de comprendre comment cet acteur "au
sourire de pierre" pouvait produire un tel silence. Pourquoi
ce film m'obsède-t-il autant ? Pourquoi creuser dans la carapace
d'une vedette défunte ?
Un jour, j'ai lu cette phrase : Si les morts pouvaient parler,
ils auraient sans doute la voix de Charles Bronson. Je commençais
à comprendre : comme moi, il vivait entouré de
cadavres et devait se couvrir les yeux pour dormir. Et comme
chacun de nous, dès que l'écran s'éteint, l'enfant qu'il a cessé
d'être a peur.»