Max Weber, l'histoire ouverte : réflexions croisées sur le statut scientifique et l'actualité du propos wébérien

Nombre d'études récentes présentent Max Weber non comme un
sociologue ou un scientifique dont les travaux auraient une portée
explicative circonscrite, et clairement définie par la méthodologie
employée et détaillée, mais bien comme l'auteur de tout un projet de
société. L'on assisterait ainsi à un «enchantement» de Weber.
Or, cette attitude détermine souvent l'utilisation du paradigme
wébérien dans la compréhension et la prévision de l'évolution des
sociétés et pays qui rejoignent ou tentent de rejoindre la modernité
avancée. C'est pourquoi il apparaît ici nécessaire, pour esquisser un
jugement non seulement sur l'utilisation, mais également sur l'utilité et la
pertinence de Weber pour l'étude de ces sociétés, d'entreprendre cette
redéfinition de l'essence du propos wébérien. Il s'agit d'abord de
redire, au travers de différents angles d'approches, l'ampleur
magistrale de la puissance de l'appréhension du social chez Weber,
tout en en rejetant les utilisations déterministes ou développementalistes.
Et, plus loin, en soulignant le caractère épistémologique des thèses
wébériennes et de ses outils, au travers de l'étude de ses analyses mais
aussi, pour certains textes, de leur application à d'autres aires
culturelles ou temporelles, de montrer que si en aucun cas l'auteur ne
peut être considéré comme ayant eu une démarche d'explication
totalisante, c'est justement le caractère 'limité heuristiquement' de ses
hypothèses et outils méthodologiques qui leur confère leur pertinence
heuristique.