La Chaussée, Destouches et la comédie nouvelle au XVIIIe siècle

On ne lit plus, on ne joue plus la comédie dite «larmoyante».
Donc, n'en parlons plus ; avec Gustave Lanson, massacrons
Nivelle de La Chaussée. Injustice et erreur historique : notre
livre réplique. Injustice car il y a plaisir et intérêt à lire ces
«drames romanesques» (1741) qui parlent de la société des
Lumières. Erreur parce que ces comédies représentent, pour
Fontenelle et les contemporains, la modernité au théâtre, au
même titre que Marivaux. Erreur parce que, de Destouches
à La Chaussée, s'invente, avant Diderot, la poétique de ce
qui se nommera le drame. Mauvaise foi aussi, ou ignorance :
ces comédies sont des comédies, graves, a-t-on dit, comme
Le Misanthrope , inventant, sans sacrifier au pathétique,
un équilibre entre rire ou sourire et sensibilité. En s'associant à
notre dessein de réhabilitation, en prêtant quelques instants sa
scène et ses voix à Mélanide , la Comédie-Française comprenait
le prix de ce répertoire méconnu.