Accents de banlieue : Aspects prosodiques du français populaire en contact avec les langues de l'immigration

Les propriétés phoniques des parlers des jeunes des
quartiers urbains pluriethniques constituent un véritable
stéréotype en français contemporain : l'accent dit «de
banlieue» se reconnaît, s'imite, et fait la une. Quelles sont les
caractéristiques prosodiques de ce français populaire héréditaire
influencé par le phonétisme des langues de
l'immigration transmises oralement dans les quartiers
ouvriers défavorisés des grandes villes françaises ? Est-ce que
les observations sur l'amuïssement de certaines voyelles et le
renforcement des consonnes occlusives «devenues explosives»
ont des fondements phonétiques réels et mesurables ?
Ces phénomènes phoniques peuvent-ils être rapprochés des
caractéristiques des langues prédominantes dans les banlieues
pluriethniques ? Quelle est la fonction sociale de ces indices
phoniques ? Quels positionnements identitaires permettent-ils
de signaler ?
Les analyses sociophonétiques d'échantillons de
paroles recueillies lors d'une enquête de terrain à Paris
révèlent une multiplicité de combinaisons de traits phonétiques
mis au service de deux positionnements identitaires :
l'un tourné vers la culture de la rue, l'autre orienté vers le
français des classes moyennes.