La perte de l'image ou Par la sierra de Gredos

Une jeune femme, à la tête d'un empire financier, quitte un matin sa
grande ville d'Europe du Nord pour rejoindre la Manche, région aride et
sauvage rendue illustre par Cervantès. Elle veut y retrouver l'auteur
qu'elle a chargé d'écrire sa biographie et qui vit retiré là-bas depuis des
années.
Chemin faisant, la «princesse de la finance» s'adresse en pensée à son
auteur, l'interroge, prévient ses questions, ses remarques, ses objections.
Elle évoque sa fille adolescente, indépendante et fugueuse, son jeune
frère, en prison pour terrorisme, et son ancien compagnon, loin d'elle
depuis des années. Arrivée enfin dans le «palais de gentilhomme campagnard»
où vit l'auteur, elle s'installe au coin du feu pour raconter en
détail sa traversée de la Sierra de Gredos. L'auteur n'a plus qu'à écrire
le roman de cette femme, l'histoire de la perte de l'image - et de sa redécouverte.
Don Quichotte montrait qu'à l'effondrement du monde médiéval succédait
l'effondrement de sa reproduction factice ; de même Handke nous
dépeint une société moderne parvenue à la fin d'un cycle, sevrée
d'authenticité et totalement inféodée à l'artifice. La tâche de l'écrivain,
en cet «entre-temps», consiste à frayer la voie, coûte que coûte, vers des
images nouvelles et vraies, pour sauver ce qui peut l'être d'une certaine
grâce du monde.