Sur les traces de... Vladimir Maïakovski

«Nulle fioriture dans l'oeuvre de Vladimir Maïakovski. Aucune tentative
de séduction. Ses poèmes, ses écrits, sont de ceux dont Cocteau dit qu'ils
marchent mais ne coulent pas. De fait, la cuiller pourrait y tenir debout,
pour peu qu'on l'y plantât. Les mots claquent sous la langue. Pas un vers
n'y est facile. Chaque ligne nouvelle ouvre un espace inattendu. Les strophes
résistent à la mémoire. Toute tentation de musicalité en est bannie.
Les rythmes y sont heurtés. On croirait que l'auteur cherche à repousser
ceux que son style pourrait attirer vers son oeuvre. S'il plaît, c'est malgré
lui, et c'est ce «malgré lui» qui est sans doute la marque la plue flagrante
de son talent. C'est ce «malgré lui» qui le sauve. Au fond, l'homme et le
poète que fut Maïakovski n'auront jamais cherché qu'à déplaire, et c'est
dans la mesure où il y aura échoué qu'il aura atteint à ce clignement
d'yeux d'une civilisation qu'on appelle la postérité. Une postérité qui
l'eût probablement fait éclater d'un rire compulsif, si on la lui eût présentée
sur un plateau d'argent. Satisfaction egotique d'un artiste autocentré.
Angoisse sourde du message à laisser.»