La mise en scène du répertoire à la Comédie-Française (1680-1815)

La «mise en scène» est une notion nouvelle et complexe. D'une
part, elle ne se limite pas à l'organisation matérielle, à la partie visible
de la représentation à laquelle assiste le spectateur. Elle comporte
une dimension créative et relève de faits socio-esthétiques. D'autre
part, son sens est «embrouillé», la critique théâtrale se servant
abondamment du terme «mise en scène» pour évoquer indifféremment
le spectacle, l' opsis , «présentation scénique», ou le projet
esthétique et politique du metteur en scène. Elle recoupe à la fois
théorie et pratique. Le terme de «mise en scène», en ce qui concerne
le théâtre d'Ancien Régime est généralement jugé anachronique,
voire abusif. Mais il faut se demander comment les acteurs ont pu, au
XVIII<sup>e</sup> siècle, contrôler le sens de la représentation, notamment en
matière de reprises, et régler effectivement le théâtre. Qu'entend-on
donc par «mise en scène» lorsque l'on aborde le théâtre d'Ancien
Régime ? Cette étude, fondée sur des documents largement inédits,
entend montrer comment l'actualisation des pièces du répertoire à
partir de choix esthétiques, tout comme leur adaptation par la
troupe, participèrent pleinement de ce qu'est, à proprement parler, la
«mise en scène» et concoururent à faire émerger les principes, bien
avant le XIX<sup>e</sup> siècle, de ce qui constitue la «mise en scène moderne».